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A PROPOS de l’ORIGINE du VILLAGE de SAINT-AQUILIN

 

 

L'origine du village de Saint-Aquilin pose de multiples questions. Quand certaines idées sont bien installées, les modifier est toujours difficile.

Le bureau de l’Association des « Patrimoniales de la Vallée du Salembre », réfléchit depuis quelques années pour éclaircir l’origine des trois villages qui constituent « son » domaine. Cela est vrai pour Saint Germain du Salembre et Chantérac mais aussi pour Saint-Aquilin.

Deux éléments sont à l’origine de cette réflexion :

1/ d’une part il ne reste rien d’un édifice roman dans l’église actuelle de Saint-Aquilin ou à proximité dans le village, or nombreux sont ceux qui évoquent l’ancienne église romane de Saint-Aquilin ; la question est donc : y a-t-il eu une église romane à Saint-Aquilin avant l’église actuelle du XVI° ?

2/ d’autre part, la découverte de l’un des textes fondateurs du village de Saint-Aquilin fait apparaître une mauvaise traduction du latin et laisse perplexe : dans le Cartulaire de l’abbaye Notre-Dame de Chancelade, l’acte numéroté 265 (correspondant aux feuillets 76 et 77) paraît tout à fait fondamental pour l’histoire de ce village. Il s’agit d’un acte en latin confirmant la donation du moulin de Rochereil ; cette donation fut faite par Bernard de Saint-Astier, et son frère Geoffroy, au chapitre de Saint-Astier. Cet acte daté de 1129, soit du début du XII° siècle dit : « Hoc donum fuit factum ante vitream sancti Aquilini ecclesiae in presentia Eliae Rigaud, Pierre de Seyssac, etc ... ». (GRILLON, L., et REVIRIEGO, B., « Le Cartulaire de l’abbaye Notre-Dame de Chancelade », Etudes et Documents n° 2, Archives départementales de la Dordogne, 2000, 280 p.).

 

Cette phrase a toujours été traduite depuis le XVIII° siècle de la même façon par tous les historiens (Dessalles, Secret,...) : « Cette donation a été faite devant le vitrail de l’église saint Aquilin en présence de ... ». A compter de cette affirmation, il ne fait plus aucun doute, pour qui que se soit, que depuis le XII° siècle il existe une église dans la village de Saint-Aquilin, et donc une église romane.(SECRET, J., « Les églises du Ribéracois », éd. Fontas, Périgueux, 1958, p.96, 208 p. )

 

Or, si les premiers vitraux apparaissent en Occident (Paris et l’Allemagne) au XI° et XII° siècles, et notamment dans la basilique Saint-Denis au Nord de Paris, sous la haute autorité et le génie de l’abbé Suger, il est difficile d’envisager qu’il existait, à cette même époque, c’est à dire au début du XII° siècle, dans le bourg de Saint-Aquilin en Périgord, qui n’était même pas répertorié alors comme un village, une église porteuse de vitraux.

De plus dans la phrase en latin, il faudrait conclure à quel mot entre « ecclesiae » et « sancti Aquilini » se rapporte le mot « vitream ». Une question demeure donc : Que signifient les termes : « Ante vitream sancti aquilini ecclesiae ... » et surtout comment doit-on interpréter le mot « vitream » ... ?

A ce stade de notre recherche il n’y a pas de vitrail et pas d’église à Saint-Aquilin au XII° siècle.Il nous faut alors retourner vers tous les textes fondateurs.

1) A la Bibliothèque Nationale de France (Département des manuscrits, Collection sur l’Histoire des provinces de France, copies et originaux réunis au XVII° et au XVIII° siècles, Collection du Périgord, tome 12, fol. 206v-208 du 4 août 1113.) se trouve un second texte fondateur, (jusques à en découvrir un autre...) dans lequel Guillaume d’Auberoche, évêque de Périgueux fait don à l’abbaye de Saint-Astier de l’église de Saint-Aquilin. Il s’agit bien entendu des revenus fournis ou procurés par cette « église », ou par ce lieu. Pour Alain Connangle, « cette charte est passée en l’église Saint-Pierre-ès-Liens de Chantérac devant de nombreux seigneurs ». (CONNANGLE A., « Chantérac des temps anciens. », imp. Iota à Saint-Astier, 2017, 112 p.). D’où la question pourquoi à Chantérac et pas à St-Aquilin... ?

2) Dans le chartrier de l’abbaye Saint-Pierre de Saint-Astier, dans la Collection Périgord de la Bibliothèque Nationale de France, (au tome 12 et folio 198-199) un autre texte signé huit ans plus tard, note que Guillaume d’Auberoche, évêque de Périgueux, le 20 novembre 1122 confirme avoir donné au chapitre de Saint-Astier plusieurs églises, dont celles de Segonzac, Fratteaux et Saint-Aquilin ; il faut remarquer qu’il semble s’agir de petites chapelles dépendantes d’un lieu ou d’un château et non de paroisses autonomes.

3) Au feuillets 90-191 de ce même tome 12, un troisième texte de Raymond de Mareuil, évêque de Périgueux, va encore confirmer cela à l’abbé Geoffroy du chapitre de Saint-Astier, en 1144, soit vingt deux ans plus tard.

4) Léon Dessalles, dans son importante Histoire du Périgord (DESSALLES L., « Histoire du Périgord », Delage et Jougla éd. à Périgueux, 1883, 3 volumes, 1200 p.) rapporte cette donation faite en 1122 au Chapitre de Saint-Astier, comme tous les historiens qui se sont intéressés à l’histoire de Saint-Aquilin et inaugure cette traduction vraisemblablement impropre.

En réalité à ce stade, il convient de reconnaître qu’il n’y a aucune preuve de l’existence d’un village, une paroisse ou même une église à l’emplacement de l’église du village du Saint-Aquilin du XXI° siècle !

Il est alors nécessaire de poursuivre les recherches et d’étudier les différents lieux qui composent la commune actuelle de Saint-Aquilin et qui auraient pu être à l’origine de cette paroisse. Il nous faut aussi tenter de connaître mieux l’origine et le déroulé de l’existence des personnages les plus importants que l’on retrouve à la naissance du bourg de Saint-Aquilin.

1°) Quelques personnages sont rencontrés dans l’histoire de ce village ; nous les citerons bien qu’ils n’apparaissent pas dans le travail de J.-Cl. Ignace sur les ermites du Périgord méridional (IGNACE, J.-Cl., « Les ermites du Périgord méridional à l’époque mérovingienne », Bull. SHAP, Tome CXXXI, 2004, p. 495-512.) :

Saint Cybard : il appartenait à la famille importante de nom Eparsius ; il est originaire de Trémolat. Il passa à Seyssac, dans un lieu-dit qui était vraisemblable un regroupement de religieux autour d’un oratoire rural, puis il parti à Angoulême où il finit par être nommé évêque.

Saint Astier : Il a vécu au VII° siècle, et appartient à la famille ASTERIUS dont les fondements se trouvent à Puy-de-Pont (proche de Neuvic sur l’Isle). Après avoir suivi Saint-Cybard à Angoulême, il revint en Périgord, tenta de convertir ses frères à Puy-de-Pont et se retira comme ermite dans la chapelle des Bois au dessus de Saint-Astier. (AUBERTIN, R.P. Ant., « La vie de Sainct Astier, religieux, anachorète, confesseur », Imp. Charlot à Nancy, 1656, 118 p.). Il répond en cela à la règle de Saint Benoît qui recommande aux anachorètes et aux ermites de passer « d’abord dans les rangs de leurs frères avant le combat singulier du désert. » (BENOÎT, Saint, « La règle de saint Benoît », éd. du 15° anniversaire, Desclée de Brouwer, 1980, p. 10-11.).

Saint Aquilin : Aquilin semble être le fils d’une famille de propriétaires fonciers du bourg voisin de Léguillac de l’Auche ; il a vraisemblablement appartenu aux disciples d’Astier lorsque ce dernier vivait dans son ermitage. (Certains ont vu étymologiquement une origine commune da ns les noms Aquilin et Léguillac). L’ensemble encyclopédique catholique « Gallia Christiana » dans son édition de 1873 ne reconnaît pas Saint Aquilin comme ayant été évêque de Périgueux, bien que certains l’ait affirmé. (GALLIA CHRISTIANA, vol. 2, 2° édition P. Polin, 1873, p. 1452-1453.)

 

Le R.P. DUPUY, en 1629, dans la liste des saints de la province périgourdines, nomme Saint Aquilin, au sein de dix neuf noms ; alors que tous les saints sont reconnus comme ermites, martyrs, abbés, ou évêques, Saint Aquilin est nommé en positions quinze : « Confesseur ». (DUPUY, R.P., « L’estat de l’église du Périgord, depuis le christianisme », 1629, tome 2, p. 234, 242 p.)) On entend par « confesseur » un saint-homme qui a témoigné de sa foi et qui fit le bien toute sa vie.

Saint Eutrope que nous allons revoir.

2°) Les lieux qui ont pu être à l’origine de Saint-Aquilin :Sur la commune actuelle de Saint-Aquilin certains lieux sont déjà bien identifiés :

- 1/ La villa gallo-romaine de BONET. Il n’en reste pas de séquelles, mais quelques traces d’habitations peuvent se distinguer au printemps avec la couleur des céréales lors de la pousse … à l’époque qui nous occupe, soit le début du second millénaire, il n’y a déjà plus trace de cette villa.

- 2/ La motte du REYSSIDOU. Sa localisation est identifiable au sommet du coteau, à l’Ouest du Saint-Aquilin actuel, près du chemin, et sur sa gauche, qui va du château de Belet à dolmen de Peyrebrune. Si cette existence est quasi certaine, son importance n’est pas appréciable, en dehors de fouilles qui n’ont jamais été réalisées.

- 3/ La motte de la VIGERIE (Haute et Basse...) avec le tumulus de VENTADOUR, dont il est cependant difficile en l’absence de document et de fouille de préciser les dates d’origine et l’importance. Seule la toponymie nous indique cette existence.

- 4/ En revanche, à l’Est du Saint-Aquilin actuel, existait une abbaye, nommée abbaye de BOISSET (ou mieux Prieuré de Boisset) de l’ordre de Grandmont.

- 5/ Enfin, à propos du prieuré de SEYSSAC ou CEYSSAC : on trouve dans la liste des « Villages, hameaux, lieux habités » de Saint-Aquilin, donnés par ordre alphabétique par Joseph Durieux : « SEYSSAC ou CEYSSAC, Bas-SEYSSAC » (DURIEUX, J., « Monographie communale de Saint-Aquilin », 1936, 54 p.)(SECRET, J., « Les prieurés grandmontains du diocèse de Périgueux », Bull. SHAP, 1955 ; tome LXXXII ; p. 107.). Cela est noté sans aucun mot de commentaire. Ce hameau est situé sur le chemin qui mène, d’Est en Ouest, du château de Belet à Segonzac, en passant à coté du dolmen de Peyrebrune.

A propos de ce lieu dit, on sait que Cybard, originaire de Trémolat, se réfugia comme ermite à Ceyssac avant de partir à Angoulême au VII° siècle. Si une hésitation a pu se présenter sur la localisation de Ceyssac (soit sur la commune d’Issigeac, soit sur la commune du futur Saint-Aquilin qui nous intéresse) il semble reconnu par la majorité des chercheurs qu’il s’agisse bien de notre Ceyssac de Saint-Aquilin. Effectivement, installé à Angoulême Cybard sera rejoint, au VII° siècle, par Astérius, futur Saint Astier. Quelques années plus tard ils rentrerons tous les deux à Ceyssac.

Par ailleurs on possède un texte de 1278 qui évoque le « mainement de Ceyssac » ; ceci ne nous étonnera pas car l’un des témoins du don de 1129 présent dans le cartulaire de Chancelade est Pierre de Seyssac. Dans le cartulaire de Saint Astier, en date de 1315 il est fait mention du « mas de Ceyssac ». (GRILLON, L., et ETCHECHOURY, M., « Le Chartrier de l’abbaye Saint-Pierre de Saint-Astier », Etudes et Documents n° 4, Archives départementales de la Dordogne, 2007, 92 p.)L’analyse des différents documents, n’apprend rien sur l’origine du village de Saint-Aquilin, mais pour mieux comprendre, la situation au début du second millénaire, il reste à étudier la question des routes et celle des villages :

1/ Les routes :Certes le carrefour du Saint-Aquilin actuel est, depuis les plus hautes époques, un lieu de passage majeur ; comme cela a été démontré ailleurs pour les passages en nombre tel que les armées, lorsque l’on remonte du gué de PUY de PONT en venant d’AGEN pour sortir d’Aquitaine ; c’est ce passage, occupant l’axe de la vallée du Salembre, qui semble le plus fréquenté ; cette importante voie permet de traverser l’Isle à Neuvic/l’Isle et la Drône à Saint-Méard de Drône ou Tocanes (en passant par Chantérac et par Saint-Aquilin), afin de regagner Angoulême et la vallée de la Loire. De la même façon en sens inverse, si l’on vient du Nord et que l’on veut rentrer en Aquitaine. Il a été souligné qu’il n’y a pas de passage ni à l’Est ni à l’Ouest de l’oppidum de Puy de Pont ( BEYNEY, J. et coll. « Entre Sèvre et Lot ; le Périgord. Un gué sur l’Isle à Puy de Pont ? » in « Routes, voies fluviales et habitat (V° siècle av. J.-C. - XVIII° ap. J.-C.) », p. 157, C. Chevillot dir., supplément n° 8, édition de l’ADRAHP, 2025, 252 p.).

Si l’on choisit le passage par Tocane et Saint-Aquilin, il faut passer par le carrefour de Saint-Aquilin qui est centré par une zone marécageuse importante ; son résidu actuel est, encore aujourd’hui deux mille ans après, l’étang des Garennes. Le passage exige donc de passer à flanc de coteaux soit à l’Ouest par Belet, soit mieux (même si le chemin est plus long) à l’Est par la fontaine de Saint-Eutrope, siège de la commune actuelle de Saint-Aquilin, et nous allons en reparler.

2/ Les villages :Il a été démontré comment il n’existe pas de village organisé avant le premier millénaire dans la campagne périgourdine. C’est à la fin de celui-ci que vont se dessiner ce qui va devenir les villages, tel que nous l’entendons au début de second millénaire.

Les groupements autour des « villae » gallo-romaines, ou plutôt ce qui en reste après le V°-VI° siècles, ressemblent plus à un « regroupement clientéliste » (dit Christophe Vigerie) et cela va se développer à l’époque mérovingienne, sans l’autorité et l’administration romaine qui a disparu ; en terme de « clientélisme » on entend un regroupement d’individus, de familles, avec perte de liberté au profit d’une protection ; cela est devenu nécessaire suite à la fin de la « pax romana ».

L’agglomération mérovingienne n’est pas un village, c’est une regroupement autour d’un maître, souvent sur une ancienne « villae ». La féodalité ne s’est pas encore mis en place. Les maisons ne sont pas construites en dur mais en torchis et en bois. Les seules traces archéologiques que nous pouvons retrouver aujourd’hui sont les trous de poteaux qui soutenaient ces maisons.

Au moment où s’installe la féodalité, notre société est encore empêtrée dans un tel niveau de servilité des populations, que le Concile de Limoges de 1031 demande l’affranchissement des serfs. Donc, ce n’est qu’au début du XI° siècle que l’Eglise se sent obligé de recommander la suppression de ce statut de servitude qui perdurait dans la suite des villas gallo-romaines ; le nom de « vilains » qui restera attaché aux paysans, non propriétaires, au cours du Moyen-Âge, est directement lié à cette population des « villae ».

C’est l’installation du christianisme, d’abord urbain, puis dans les campagnes par l’érémitisme et l’implantation des abbayes, ou des prieurés, qui va permettre les premiers regroupements qui ressembleront progressivement à ce que deviendront les villages. L’augmentation de la démographie va favoriser ce mode d’agglomération autour de celui ou de ceux qui sont susceptibles de donner du travail et d’organiser la vie sociale, en permettant dans une vision chrétienne un espoir dans l’au-delà.

Ainsi dès le IX° siècle, des regroupements de population se feront autour d’un centre chrétien avec églises et cimetière. La socialisation se fera en fêtant les évènements les plus importants : la naissance et la mort ...

La féodalité se mettra en place et en même temps les villages naîtront et se développeront autour des églises ou des mottes, voire des châteaux. Le village ne va vraiment apparaître qu’à partir du X° siècle et en même temps la notion de paroisse va surgir, c’est à dire la constitution d’un regroupement de population qui existe en tant que tel autour d’une église.

Une question reste cependant entière : où était le premier village de Saint-Aquilin ? Ce lieu nécessite un centre religieux ; c’est là qu’il nous faut avancer l’hypothèse d’une compétition entre la châtellenie ecclésiastique de Chantérac, siège de l'archiprêtré dont dépend le site de Saint-Aquilin, et le chapitre des chanoines de Saint-Astier qui bénéficie des revenus de la chapelle de Saint-Aquilin, qui aurait été la chapelle de la fontaine de Saint-Eutrope.Ainsi, arrivé en ce début du second millénaire ni la villa gallo-romaine de BONET, ni le REYSSIDOU ou BELET, ni la VIGERIE ou le VENTADOUR ne peuvent être à l’origine de la fondation de Saint-Aquilin. En revanche l’existence du prieuré de BOISSET au XII° s. est importante.

Ce prieuré de BOISSET (ou BOYCHET) a été fondé en 1172 (ou antérieurement à 1172 – Goyhèneche) au Sud-Ouest du Saint-Aquilin actuel (à 1100 m. de Saint-Aquilin et 2500 m. de Chantérac, (GOYHENECHE, Abb., « Les prieurés de l’ordre grandmontain en Périgord », Bull. SHAP, 1879 ; tome VI ; p. 244.) (LECLER, Abb., « Histoire de l’ordre de Grandmont » Bull. de la Société Archéologique et Historique du Limousin, 1877, t. 57, p. 435, t. 58 , p. 463 et t. 60, p. 429.) ; il semble avoir périclité rapidement ; en 1295, il ne reste plus que quatre religieux dans ce prieuré. Il sera fermé au début du XIV° siècle en étant réuni en 1317 au prieuré de LA FAYE de JUMILHAC ( à 1200 m. au Nord de Jumilhac – J. Secret), avec l’autorisation du pape Jean XXII (bulle du Pape Jean XXII). Rien ne subsista de ce prieuré (GUIBERT, L., « Destruction de l’ordre de Grandmont » Bull. de la Société Archéologique du Limousin, 1877, t. 60, p. 228.). Il semble donc que ce prieuré ait été fermé bien avant la Révolution, contrairement à ce qu’indique (imprudemment...) Joseph Durieux dans sa monographie du début du XX° siècle (DURIEUX, J., « Monographie communale de Saint-Aquilin », 1936, 54 p.).

Au château de Boisset, à peu de distance, dans la famille d’Escatha, il existait encore au début du XX° siècle, une petite cloche qui est notée par l’abbé Brugière en 1907, comme provenant du prieuré de Boisset (suivant la tradition), car le dernier prieur avait été un d’Escatha (Abb. Brugière).

Pour ce qui est du prieuré de SEYSSAC (ou Ceyssac) au XII° siècle, il ne semble pas en compétition avec Boisset car on manque de sources nous précisant le devenir de ce hameau, que certains ont dénommé prieuré en raison du passage de Saint Cybard. Ici encore, sans découverte de documents et sans fouille sur le terrain, il est impossible d’aller plus loin.

Ainsi, avec la disparition du prieuré de Boisset et sans main mise de l’archiprétée de Chantérac ou du chapitre de Saint-Astier, on peut supposer que la présence d’un autre lieu de prières et de réunions s’étant imposé, c’est l’essort de la paroisse de Saint-Eutrope qui formera le futur village de Saint-Aquilin, et cela dès la fin du XIII° ou le début du XIV° siècle.

C’est bien la Fontaine SAINT-EUTROPE qui, au XII° siècle, semble alors jouer un rôle important. Effectivement, c’est cette fontaine miraculeuse qui est responsable des revenus du lieu par les dons des pèlerins. Cette fontaine dédiée à Saint Eutrope est présente (au centre du village actuel de Saint-Aquilin) dès la fin du IX° ou X° siècle. « Saint Eutrope, très honoré en de nombreux endroits, était grec d’origine. Il se rendit à Rome. Ami de Saint Denis de Paris, il pratiqua son apostolat en Saintonge . Lui aussi eut la tête tranchée. » (DARCHEN, B., « Fontaines sacrées en Périgord » PLB éditeur, 1988, p. 52, 210 p.). On retrouve en de nombreux lieux, dans la Nord de l’Aquitaine, des églises ou fontaines dédiées à Saint-Eutrope qui semble avoir eu une action sur la fertilité des jeunes ménages. En 1905, le curé Chadourne, curé de Saint-Aquilin, raconte que les ressources importantes liées à la « Fount Bouni de Sent Aguly » étaient apportées au Prieur de Boisset. Les pèlerins se succèdent en foule à la fontaine bénie et y laissent des oboles ; mais en 1905, les revenus ont fort diminués, comme le regrette ce curé du XX° siècle. ( DURIEUX, J., « Monographie communale de Saint-Aquilin », 1936, 54 p.). Cette fontaine miraculeuse est alors nommée « de Saint-Aquilin » alors qu’il s’agit bien de « la fontaine miraculeuse de Saint-Eutrope », mais nous sommes en 1905. Ici encore nous avons la preuve qu’il n’y a pas de village de Saint-Aquilin à cette époque. On peut facilement imaginer que sur, ou à coté, de cette fontaine miraculeuse, qui drainer beaucoup de pèlerins, il existait un sanctuaire et que c’est dans ce sanctuaire (chapelle ou petite église) que les habitants des maisons voisines de ces lieux et les pèlerins ont pris l’habitude de se réunir et de se faire baptiser.

Un autre document nous paraît important. En 1313, entre Hugues de LA CELLE, sénéchal du Périgord, procureur du Roi à Périgueux et le chapitre de Saint-Astier est signé un pariage. Ce pariage correspond au don d’une somme à une église, avec un partage des revenus et au choix partagé des « clercs responsables » ; cela entre le chapitre de Saint-Astier et le roi de France. Ce pariage concerne les églises de St Germain du Salembre, Segonzac, Douchapt et Saint-Aquilin (mais pas de Chantérac). (Léon DESSALLES et Archives Nationales, Registre du terrier des chartes, côté 60, p. 102). Ce pariage n’est pas autre chose qu’une subvention, une aide, qui se rembourse, comme on le voit encore de nos jours de la part de l’Etat ou des instances départementales.

La seule église importante se situe alors à Chantérac, devenue archiprêtré au IX° siècle. On ne peut considérer, au début du XIV° siècle, que le Saint-Aquilin d’alors possède une église et soit une paroisse constituée. Ce pariage doit être considéré comme une prise en compte, voire une reconnaissance d’un hameau, c’est à dire d’une nouvelle paroisse de Saint-Aquilin, qui permettra bientôt l’édification d’une église. Effectivement à partir de là, les reconnaissances du bourg de Saint-Aquilin sont fréquemment retrouvées. Au XIX° siècle, Mr de Mourcin, dans son travail avec Wlgrin de Taillefer, fait remonter l’église « au XV° ou peut-être au début du XVI° siècles. » (MOURCIN, J. de, ).

Une minute notariale du 13 janv. 1722 (détenue à la mairie de Saint-Aquilin) évoque « la bâtisse de la paroisse de Saint-Aquillain du 18 juillet 1524 ». Ce même acte évoque dans sa seconde page : « Un parchemin portant que les auteurs du dit seigneur de La Caillerie ont fait bastir la dite chapelle du 17 may 1536 ; signée de Bernard, lettre écrite par le sieur Rey curé de la paroisse de saint-Aquillain au père du dit seigneur de La Caillerie du 19 janv. 1669... ». Dans la suite de l’acte, il est question de l’inhumation des membres de la famille La Caillerie dans l’église. Il est alors fort probable qu’il s’agisse de l’une des chapelles latérales de cette église Saint-Eutrope de Saint-Aquilin. Cela accrédite bien la construction de cette église Saint-Eutrope à la fin du XV° ou au début du XVI° siècle.

Comme nous l’avons vu, le passage dans cette vallée du Salembre et d’autre part le culte rendu à la fontaine Saint-Eutrope ont conduit la population à la reconnaissance d’une paroisse et à la construction d’un édifice plus important ; il semble bien qu’il s’agisse de l’église de la fin du XV° ou du début du XVI° siècle que nous connaissons aujourd’hui.Dès le XVII° siècle la vie à Saint-Aquilin commence à ressembler à ce que nous connaissons aujourd’hui.

Il existe un village avec une paroisse et une église.

- En 1688, a lieu à Saint-Aquilin une visite canonique du diocèse de Périgueux. Le rapport signale que le sanctuaire de l’église est « vouté, pavé et vitré … mais la charpente en assez mauvais état ». Dans ce rapport il sera noté qu’il existe dans l’église des reliques de Saint Aquillain et de Saint Eutrope. (Archives diocésaines – Evêché de Périgueux.) : « Saint-Aquillain. Bertrand Rey, vicaire perpétuel. Sanctuaire vouté, pavé et vitré. Relique de saint Aquillain et de saint Eutrope, … chapitre de Saint-Astier curé primitif ». Tous les comptes-rendu de ces visites paroissielles (sic) sont rapportées par le Chanoine Roux dans le bulletin de la SHAP… mais nous sommes en 1688... !(ROUX, J., « Extraits des visites paroissielles du diocèse de Périgueux, en l’année 1688, par me Fayolles, official. » Bull. SHAP, 1927 et 1928 ; tome LV ; p. 195.)

- En 1701, sera fondue une cloche dite « Saint-Eutrope », gravée dans le bronze « des habitants et du bourg et paroisse de Saint-Aquilin ». (BRUGIERE, Abb., « Exploration campanaire du Périgord », imp. de la Dordogne à Périgueux, 1907, p. 361, 654 p.)

- Le 11 octobre 1750, nous avons un compte rendu de la réunion du Syndic de l’église. : « Ce jourd’hui, onzième du mois d’octobre mil sept cent cinquante avant midy au bourg de Saint-Aquilin en Périgord... ».

- Ce n’est qu’en 1790, que l’ancienne paroisse de Saint-Eutrope, en l’an III, devint une commune du département de la Dordogne ; elle fit partie d’abord du canton de Saint-Vincent de Connezac, puis plus tard elle fut rattachée à Neuvic sur l’Isle en l’an VIII. (DURIEUX, J., « Monographie communale de Saint-Aquilin », 1936, 54 p.)

- Enfin en 1884, le Père Carles dans son ouvrage : « Les titulaires et les patrons du diocèse de Périgueux », nomme Saint-Aquilin, comme une paroisse dont le titulaire est saint Eutrope (fête le 30/04) (CARLES, R. P. « Les titulaires et les patrons du diocèse de Périgueux et Sarlat », 1884, Imprimerie Cassard et frères à Périgueux. p. 273. )

Après lecture conjointe de tous ces textes en rapport avec les premiers siècles au cours desquels a progressivement émergé le village de Saint-Aquilin, on peut dire avec certitude que :

1/ Dès le début du XII° siècle il existe une église, une chapelle ou un oratoire dit de Saint-Aquilin, même si celle-ci fut consacrée à Saint-Eutrope, puisque Guillaume d’Auberoche en fait don au chapitre de Saint-Astier (1113).

2/ Il faut attendre le début du XVI° siècle pour que soit évoquée la Paroisse de Saint-Aquilin avec l’église que nous connaissons aujourd’hui.

3/ Et ce n’est qu’en 1790, pendant la Révolution, que sera instaurée la Commune de Saint-Aquilin.Au total, il nous faut alors interpréter l’acte de donation du cartulaire de Saint-Astier.

A/ Assurément, cet acte de donation n’a pas eu lieu devant « le vitrail de Saint-Astier ». Il n’y avait pas de vitrail en 1122 à Saint-Aquilin.

Les premiers vitraux apparaissent à cette date en la basilique Saint-Denis à Paris.

B/ D’autre part, un vitrail ou une fenêtre « vitrée » ne possède pas le caractère sacré que l’on réclame à l’objet sur lequel on jure ou devant lequel on réalise une donation pour formaliser et sacraliser le geste ou l’écrit. Cela ne peut se faire que sur un Evangile, un autel, une relique ou un tombeau. Nous proposons donc que pour sanctuariser ce don, c’est à dire donner de l’importance à l’acte signé par les deux frères Bernard et Geoffroy de Saint-Astier, la transaction ait eu lieu au dessus d’un reliquaire portant des restes de Saint-Aquilin. Cela semble donc s’être tenu dans une église, comme le texte nous le propose ; il faut alors traduire le mot « vitream » par reliquaire portant une petite fenêtre vitrée permettant de voir quelques reliques (ossements ou tissus...) du saint, comme cela est fréquent dans de nombreux reliquaires du XVI° ou du XVII° siècle qui sont parvenus jusqu’à nous. Nous avons même dans l’église de Saint-Aquilin, au XXI° siècle, un buste reliquaire du XVII° siècle présentant deux petites fenêtres vitrées contenant des reliques. Vraisemblablement s’agit-il du buste noté lors de la visite de 1688. Cependant, le texte ne parle pas de l’église de Saint-Aquilin, et donc si l’interprétation nouvelle qui voudrait que le don se soit déroulé, devant des reliques, cet acte aurait été tenu dans l’église de Chancelade ou de Saint-Astier, voire ailleurs (à nouveau à Chantérac...?), le tout est qu’il y ait eu la présence dans cet édifice d’un reliquaire de Saint Aquilin.

C/ Certes nous savons que lors de la visite canonique de 1688 à Saint-Aquilin, il y avait un reliquaire de Saint Aquilin, mais cela ne prouve pas que ce reliquaire était présent plus de cinq cent ans auparavant. La question reste posée : dans quelle église locale pouvait se trouver des reliques de Saint Aquilin en 1122 ? Nous n’avons pas la réponse. La seule indication que nous possédons, c’est que l’acte primitif de donation de 1113 a été passé dans l’église St Pierre-es-Liens de Chantérac ; mais il n’y a pas d’indication sur le lieu où cet acte fut confirmé en 1122.

D/ Pourquoi y aurait-il eu des reliques de Saint Aquilin dans la chapelle de la fontaine Saint-Eutrope ? Ces reliques devaient se trouver, plus vraisemblablement, dans la chapelle du prieuré de Boisset, ou dans l’église de Chantérac, voire dans l’église de Saint-Astier, qui profitait des dons fait par les pèlerins.

Dans ces conditions, la preuve n’est pas apportée qu’il ait existé une église romane à Saint-Aquilin, avant l’église actuelle que nous connaissons, celle-ci datée du XVI°. Effectivement, dans les autres églises modifiées au XVI° siècle (Chantérac ou Saint-Germain du Salembre par exemple), nous retrouvons des éléments ou des portions de la première église romane. A Saint-Aquilin nous avons toujours été surpris par cette absence. Peut-être avons nous là une explication, d’autant que l’on ne retrouve aucune maison datable du XII° ou XIII° siècle dans le bourg actuel. Si un oratoire ou une chapelle a dû exister à proximité de la « Fons boni » dédiée à Saint Eutrope, il est difficile de voir cet édifice comme une église romane, lieu où aurait pu être signés les actes que nous trouvons dans les cartulaires de Saint-Astier ou de Chancelade.

 

                                                             Serge LARUË de CHARLUS     

 

 

Bibliographie :AUDIERNE, Abb. « Le Périgord illustré », Imp. Dupont à Périgueux, 1851, 676 p.Collectif : « Il était une fois … Saint-Aquilin en Périgord », éd. Les Amis de Saint-Aquilin, imp. Vrin à Bordeaux, 2002, 382 p.ORTEGA, P., Communication, Bull. de la Société Historique et Archéologique du Périgord, T. CXXV, 1998, p. 23.NB : on peut illustrer ce texte avec 2 Photos : l’église actuelle de Saint-Aquilin et le buste reliquaire de Saint-Eutrope (XVII° s.) déposé en cette église.Eventuellement, photo du livre l’« Estat de l’église en Périgord » ou de l’un des actes anciens...

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